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Légendes de la mer

by Journalistes de Makemo

Pages 4 and 5 of 22

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Il y avait jadis, vivant près des rivages de l’île , un requin d’une grande beauté. Il s’appelait Irê, et tous les habitants de la côte le connaissaient. Il venait souvent sur la plage, où l’eau est à peine profonde de quelques pieds, et se chauffait le dos au soleil en attendant la sortie de l’école. Dès que les enfants libérés par l’instituteur, arrivaient en criant, Irê se mettait à battre des nageoires pour les appeler. Alors, commençaient des jeux qui duraient jusqu’à la nuit. Irê prenait les enfants sur son dos, il fonçait vers le large, bondissait dans les vagues toutes dentelées d’écume, plongeait, remontait, imitait le roulis et le tangage des pirogues… En somme, il connaissait à merveille tous les jeux qui peuvent plaire aux petits des hommes.
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On prétendait que ce requin était le fils d’un dieu des mers qui avait autrefois épousé une déesse de la terre. Personne ne savait au juste de quel dieu et de quelle déesse, il s’agissait, mais on expliquait ainsi, la bonté d’Irê et le fait qu’il prit tant de plaisir en compagnie d’enfants nés sur la terre ferme et souvent désireux de mieux connaître la mer.
La vie eut sans doute continué longtemps ainsi mais les hommes ont le tort de croire trop facilement ce qu’on leur raconte. Or, un jour qu’il était à la pêche assez loin du rivage, Rahute aperçut le requin qui s’en allait tranquillement en direction de l’île. Se mettant debout dans sa pirogue, il lui fit signe de s’approcher et lui demanda :
« Voudrais-tu me rendre service ?
–Naturellement, dit le requin, je suis là pour ça.
–Figure-toi que j’avais promis à mon fils d’aller le chercher vers le milieu de la journée. Mais le poisson mord bien en ce moment je ne voudrais pas perdre mon temps.
–C’est bon, fit Irê, ne te dérange pas, j’en ai pour cinq minutes. »
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Et il fila comme une flèche jusqu’à la plage où attendait l’enfant qu’il prit dans sa gueule avec mille précautions pour le porter au pêcheur. Hélas ! À peine l’enfant était-il sur la pirogue depuis un quart d’heure, qu’une tornade se leva. Jamais on ne revit ni le pêcheur ni son fils. Seuls quelques débris de l’embarcation furent retrouver sur la plage. Alors les dieux de la mer et ceux de la terre qui ne pardonnaient pas à Irê d’avoir su, bien mieux qu’eux, gagner l’amitié des hommes, estimèrent que l’occasion était belle de lui jouer un vilain tour. Ils firent donc courir le bruit que le fils du pêcheur n’était pas mort dans la tempête, mais avait été dévoré par le requin. Comme plusieurs personnes avaient vu Irê gagner le large avec le petit dans sa gueule, on admît trop facilement que l’animal était devenu féroce et on interdit aux enfants de jouer sur la plage. Bien entendu les enfants furent très malheureux et ils allèrent trouver deux frères connus de tous pour leurs forces, leur adresse et leur courage.
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L’aîné s’appelait Tahiarai, ce qui veut dire « premier du soleil », et le plus jeune Tahianuu, ce qui signifie « premier des multitudes ».
Les deux frères taillèrent dans du bois extrêmement solide deux lances dont ils durcirent encore la pointe au feu. Ainsi armés, ils gagnèrent la plage et attendirent le requin. Ils n’eurent pas à patienter longtemps , car le pauvre Irê qui était triste de ne plus s’amuser avec les enfants, se figura que ces deux hommes l’appelaient pour jouer. Pourtant, Irê savait ce qu’est une lance, et il comprit tout de suite qu’on en voulait à sa vie. Profitant d’une vague plus forte que les autres, il fonça gueule ouverte sur l’aîné des deux frères. La lance arriva, qu’il reçut dans la gueule et la brisa comme vous feriez d’une brindille sèche. Mais le plus jeune aussi avait tiré, et son trait atteignit le requin, tout près du cœur.
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